CARNAC, SUR LES TRACES DU ROYAUME DISPARUE – France 5.

Diffusé par France 5 pour la première fois le 7 avril 2022, ce documentaire dans la rubrique “Science grand format” a été annoncé par de nombreux passionnés et observateurs. J’ai bien entendu pris le soin de voir ce film. Je vous en propose une critique, car elle est nécessaire.

Résumé des idées véhiculées dans le film :

La grande idée, c’est de dire d’emblée, que les grands tumulus et dolmens sont des tombeaux de rois, un peu comme ces pharaons mégalomanes. Et puis c’est à peu près tout. On passe beaucoup de temps à essayer de comprendre comment furent déplacé les monolithes, comment ils furent gravés… Mais jamais l’on se demande si ces pierres, ces dolmens, ces tumulus ont été placés au pif dans le paysage. Y a t’il eut un plan, une intention particulière dans la façon de disposer ces éléments ? Non, ces spécialistes ne se posent pas ces questions ici. La notion même d’astronomie est boycotté. Pas un mot à ce propos ! Pourtant l’archéo-astronomie est une branche de recherche qui existe. Elle a ses codes scientifiques, mais il subsiste une division entre archéologie et l’archéo-astronomie. (Lire à ce propos Liz Henty : An Examination of the Divide Between Archaeoastronomy and Archaeology)

Le film : “Carnac, sur les traces du royaume disparu” se trouve ici sur France 5 jusqu’au 6 juin 2022.

La critique du film en vidéo :

Voici donc une vidéo de 25 minutes pour apporter un peu de contradiction. Bien sur, ne vous méprenez pas, je reproche aux intervenants que je cite, d’avoir une vision étroite. Je ne vise pas les personnes, cela va de soit. Mais mon sentiment est que ces scientifiques fonctionnent en vase clos. Ils ont tendance à ne pas vouloir voir ce que produise d’autres chercheurs, non moins pertinent. Il n’existe aucun dialogue avec les chercheurs extérieurs à leur cercle. Au mieux nous sommes pris pour des charlatans ou des numérologues, et tous dans le même sacs. “Il n’y aurait ici bas que deux engeances, les gens bien, et les terroristes”. (Maxime le Forestier)

Les points que nous contestons :

Les dolmens de simples sépultures ?

L’idée que nous combattons, c’est celle qui consiste à affirmer que ces grands tumulus sont des sépultures, et uniquement cela. En effet, il est très rare de découvrir des corps à l’intérieur de ces monuments. Et les archéologues ont tendance à aller un peu vite en besogne dès qu’il retrouve des débris osseux, car parfois ces derniers se révèlent de nature animale. Quand les chercheurs ne découvraient pas de corps, ils trouvaient des débris osseux d’animaux. Parfois les dolmens contenaient des haches finement taillées et plantées dans le sol (St Michel), disposés en lignes sans la moindre trace d’ossement (Mané Er Hroëck). Le tout était mélangé avec des cendres, de la terre, des débris osseux (souvent d’animaux comme au Mané Lud et au Moustoir). Bref, il semble que ces monuments avaient une fonction d’ordre rituel. On y dépose des objets, des cendres, de la terre, des débris animaux et l’on y pratiquait une forme de “magie”. Des pratiques assez similaires existent dans les cultures amérindiennes, aborigènes, amazoniennes… A cela s’ajoute que les dolmens présentent des orientations favorisant l’entrée des rayons du soleil à des moments clefs de l’année (Solstice, Équinoxe, et des fêtes diverses devenues païenne, puis chrétienne…).

Voici quelques extraits des fouilles réalisées sur des tumulus similaires qui révèlent bien plus la présence de débris d’animaux qu’humain.

Tout indique que les grands tumulus et dolmens font partie d’un système de pensée complexe ou se mêle la science, l’art, la magie et la spiritualité. Vouloir qualifier ces monuments de simple tombeaux, c’est une vision réductrice que la raison ne peut soutenir. Il est vrai qu’on retrouve parfois des corps dans les dolmens, c’est le cas des dolmens de Port Blanc fouillés par Félix Gaillard. Mais dans de très nombreux cas, et même dans la majorité des cas, ces dolmens sont vides de corps. Prenez le Cairn de Barnenez, par exemple. “Durant les fouilles il fut trouvé des tessons de poteries, des pointes de flèche armoricaine, des haches polies, et de nombreux autres silex, mais aussi de nombreux charbons de bois ce qui permit de donner une datation radiocarbone. (-4700 à -3900). “

Je vous propose ci dessous un document, qui rapporte de nombreuses fouilles effectuées dans des dolmens, souvent inviolés et découverts au cours du XXième siècle. Vous verrez que l’on retrouve surtout des pierres taillées, des poteries, des charbons de bois, et très rarement des ossements.

Parfois, se sont des corps datant de période plus récentes que l’on découvre, marquant ici la preuve d’un réemploi des dolmens.

« A Quiberon, une intervention s’est montée en urgence sur un tumulus néolithique. On a eu la surprise de découvrir un coffre, à l’intérieur duquel se trouvait un squelette avec un bras manquant. On a trouvé le bras décomposé quelques mètres plus loin. Le squelette datait en fait du Moyen-âge… »

(Olivier Agogué, le 4 février 2019, administrateur des monuments nationaux de la circonscription Bretagne)

Cette absence de restes humains avait même incité les scientifiques de la fin du 19ème à essayer de trouver des techniques de chimies pour mettre en évidence le fait que les ossements furent dissout dans la terre. C’est le cas du docteur Alphonse Mauricet par exemple. C’est de là, que vient cette histoire qui sert d’argument pour justifier l’absence de sépultures. En outre, les dolmens ont pu servir de sépulture, un peu comme les églises et les cathédrales contiennent des corps dans les cryptes et les sous sols. Mais comme avec les cathédrales, il faut penser les dolmens comme des espaces sacrés où se pratiquait des rituels mettant en jeu aussi la terre et la ciel. De tels aspects évidents, sont passés sous silence.

Le boycotte de la notion d’astronomie.

Dans ce film, les archéologues ne parlent pas une seule fois de l’importance de l’astronomie. Pourtant, dès la fin du 19ème siècles, quelques pistes furent envisagées par Marcel Baudoin et Félix Gaillard. Ces derniers mentionnèrent que les dolmens étaient majoritairement ouverts pour favoriser l’entrée de la lumière lors des levers solaires. C’est surtout lors du solstice d’hiver que ce phénomène semble le plus récurent. Voici un extrait du travail de Félix Gaillard et une publication de Marcel Baudoin. Ces derniers appuient leurs remarques avec des statistiques.

Les archéologues Nantais qui produisent l’essentiel du contenu à vocation scientifique occultent l’importance de l’astronomie. Pour eux cela n’existent pas, et ils vont jusqu’à tenter d’effacer les preuves, notamment en ce qui concernent le quadrilatère de Crucuno.

Rappelons que Laurent Lescop, a vérifié le phénomène du solstice d’hiver dans le tumulus de Gavrinis, ainsi qu’à Crucuno. Serge Cassen et ses collègues connaissent son travail, puisqu’ils ont publiés des articles ensembles. On peut déplorer l’absence de Mr Lescop dans ce film sur les mégalithes de Carnac.

Interprétation en roue libre.

Serge Cassen nous présente ce qu’il pense être un cachalot. Très franchement, je ne suis pas convaincu. Essayez de faire ce dessin et présenter le aux gens, et demander leur ce que c’est ! Je doute qu’on vous réponde “Bin, un cachalot pardi !”. Et c’est quoi le truc orange, un hameçon pour pécher le cachalot ? Ah non, c’est une crosse, un symbole récurrent. Mais alors qu’est ce qu’elle fait attaché à la queue d’un cachalot ?

Plus sérieusement, si vous vous rendez à Kercado, vous trouverez des dessins similaires sur le plafond de la chambre. Et là, franchement, vous allez vous dire : “Non ce n’est certainement pas un cachalot !” C’est trop géométrique ce truc là. Ce doit être autre chose. Je pencherai pour quelques choses en lien avec l’astronomie.

Pour creuser cette question, je vous invite à aller voir la conférence de Howard sur le sujet. Le dolmen de Kercado, gravures et géométrie.

Quelques références mettant en évidence l’astronomie dans le système mégalithique.

  • The Journal of archeology, conciousness and culture. Vol 2, mars 2009, p 9-46. Euan W Mackie.
  • The préhistoric calendar solar : An out of fashion Idea Revisited With New Evidence. – Mapping of Astronomical Alignments in Neolithic Burial Cairns in the Orkney Islands. By: Anthony Tumbarello Undergraduate at the University of Wisconsin – River Falls In fulfilment of the course GEOG 378 – For Semester Abroad: Europe – Faculty Advisor: Dr. Charles Rader. Department of Geography and Mapping Sciences.
  • ENTRE EL CIELO Y LA TIERRA ARQUEOASTRONOMÍA DEL MUNDO FENICIOPÚNICO XXX JORNADAS DE ARQUEOLOGÍA FENICIO-PÚNICA (EIVISSA, 2015) – Editadas por – BENJAMÍ COSTA RIBAS y A.CÉSAR GONZÁLEZ GARCÍA EIVISSA, 2017.
  • Marcel Baudoin, L’orientation des mégalithes funéraires et le culte funéraire à l’époque néolithique. Congrès international d’anthropologie et d’archéologie préhistorique. Compte rendu de la 14ème session, Genève, 1912.
  • Astronomie Préhistorique, Félix Gaillard; 1897.
  • Laurent Lescop : Archéoastronomie : Crucuno, 12 09 2014. (lien)
  • Laurent Lescop : Le soleil et la pierre 08 01 2015 (lien)
  • Mégalithes, Principe de la première architecture monumentale : Howard Crowhurst. (lien)

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